jeudi 26 juillet 2012

Je ne comprends pas le monde qui m'entoure. C'est une découverte récente que j'ai faite en thérapie. Ma vision est teintée. Je vois le monde sous le prisme de mes bourreaux. J'ai passé mon temps à regarder la vie des autres à travers la vitre. Moi, je n'étais pas autorisée à participer. "C'est pour les autres; c'est pas pour nous." Toutes les envies que j'ai pu avoir ont été étouffées, avortées avant même de s'être formées clairement.
La force de mon père résidait dans son charisme. Il nous faisait avaler des couleuvres. Il nous manipulait alors que nous pensions faire nos propres choix. Ce qui me terrifie et me fait mal aujourd'hui, c'est de réaliser que je n'avais aucune chance de m'en sortir, aucune chance d'être heureuse, aucune chance de m'enfuir. Mon père m'a créé une prison intérieure et alors que je suis désormais adulte, je suis incapable de m'en libérer. Je lui faisais confiance, comme tout le monde, comme on me l'a appris. Mais plus je lui ouvrais mon coeur, plus il le piétinait. Et comme on se raccroche à ce qu'on connaît, à ce qu'on a vécu, je me suis laissé piétiner dans toutes les sphères de ma vie. Inconsciemment, j'ai accepté l'idée selon laquelle nous ne sommes que des objets, des pions sur un échiquier. On a tous des envies et des désirs, mais ils sont étouffés par ceux qui nous sont supérieurs hiérarchiquement: nos parents, nos professeurs, nos patrons, les hommes. Ces gens ont le pouvoir de nier notre identité, de nous écraser. Et on ne peut rien y faire.
Philosophiquement et consciemment, j'ai toujours rejeté ces notions en bloc. Mon père aussi d'ailleurs. Et c'est là toute l'ironie: "faites ce que je dis, mais pas ce que je fais; écoutez mes paroles mais surtout pas votre ressenti".
Nos parents nous font du mal; c'est inévitable. Ils le font sans le faire exprès. Ils le font parce que ce sont des êtres imparfaits. J'ai mis du temps à réaliser que mon père prenait plaisir à me faire souffrir. Lui si moralisateur, donneur de leçons, vertueux. Il disait souvent "dura lex sed lex". Bien sûr, j'ai découvert bien plus tard qu'il se considère au-dessus des lois. Mon père est un monarque absolu, comme l'était son grand-père avant lui.


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